Je suis une enfant d’Internet – enfin une adolescente. J’y ai fait mes premiers pas à l'âge de 12 ou 13 ans, alors que je venais d’acquérir pour la première fois mon propre ordinateur portable. De là, j’ai fait ce que tout enfant ou adolescent sans surveillance ferait : fouiller les sites, trouver des forums, explorer les légendes du milieu et passer le surplus de mon temps sur YouTube. Très vite, j’y ai découvert que l’horreur ne se traduisait pas seulement par les quelques bouquins du fond de la classe, mais se déclinait sous tout un panel de genres, de thèmes, de formats et de possibilités. Outre le fait que tout cela m’ait grandement inspirée au fur et à mesure des années, on parle de communautés très diverses et variées, souvent composées de passionnés très imaginatifs.
Comment parler de l’horreur sur Internet sans parler des Creepypastas ? Pour les novices, les creepypastas sont très souvent des textes qui racontent des histoires sous forme de légende, laissant planer le doute entre réalité et fiction. Mais ces creepypastas peuvent se montrer sous des légendes communautaires, comme les SCPs – des monstres sous toutes formes qui se cacheraient dans le monde humain, dont une organisation serait chargée de trouver, récupérer, recenser et étudier les individus.
Aujourd'hui, et déjà à l’époque, certaines creepypastas ont franchi les limites des communautés et sont devenues des images représentatives du milieu – on peut nommer Slenderman et ses « proxys » ou encore les Backrooms. Si vous traînez un peu sur la toile, il est fort probable que ces noms vous disent quelque chose, alors même que vous ne touchez pas vraiment à l’horreur. Et c’est ce que je trouve génial ! En effet, même si ce ne sont pas les creepypastas les plus intéressantes, ni les mieux écrites, qu’on le veuille ou non, elles ont fait grandir le nom de l’horreur sur le web. Aujourd'hui, ces histoires se déclinent sous différents formats, comme les dessins, les vidéos, les films ou les jeux vidéo. Elles ont permis à de nombreux artistes de se découvrir jeune. En somme, on parle d’un impact monumental sur les passions et les personnalités. Aujourd’hui, on peut remercier les Youtubeurs du milieu, comme Pourquoi Avoir Peur ?, CreepsMcPasta ou Feldup, ainsi que les forums comme « CreepypastasFromTheCrypt » – CFTC pour les intimes.
Mais l’une des premières choses que j’ai découverte fut l’existence du dark web – cette couche cachée d’Internet, où tous les crimes possibles et inimaginables se produisent. Alors, oui, je trouve qu’il est important de le citer, parce qu’il a fait partie (et fait encore partie) de légendes que l’on trouve un peu partout. Comme ces vidéos créées par des amateurs dont on attribue cet endroit comme origine. Pour autant, je tiens à apporter mon disclaimer : il est évident que ce n’est pas un endroit à glorifier, ni à partager plus que par des mots. Tout ce que l’on raconte n’est pas vrai, mais une grande partie l’est. Il est vrai que c’est une place où les tréfonds de l’être humain pousse ses sévices les plus graves, alors il ne semble pas nécessaire de s’attarder plus que ceci sur le sujet.
Mais dites-moi, vous saviez qu’une grande partie de la population, qui ne connait pas les communautés horreur, se nourrit en fait de contenu du genre presque quotidiennement ? Eh bien oui : le True Crime. Quelqu’en soient les raisons, les True Crimes sont des histoires, souvent détaillées, racontant la plupart du temps des meurtres violents. Alors parfois, l’horreur ne réside pas dans le meurtre en lui-même, mais dans les actions perverses du tueur ou de la tueuse : ses motivations, ses provocations, ses rituels... Mais cela n’empêche pas d’attirer du monde, surtout ces dernières années. Et bien que cet univers connaisse un essoufflement, il persiste, bien présent sur les plateformes de podcast.
Enfin, une dernière chose que je souhaiterais citer : les ARGs. Alors, oui, initialement, les ARGs – ou Alternate Reality Game – ne sont pas du monde horrifique (pas dans l’idée en tout cas). En soit, ce ne sont que des gens derrière un projet (fictif, mais cela reste un non-dit) qui interagissent, directement ou non, avec les utilisateurs d’un (peut-être plusieurs) réseau social. Par exemple, je me souviens de cet appareil photo soi-disant retrouvé à un arrêt de bus dans Paris. Une personne avait posté une photo de l’appareil sur Twitter afin de retrouver son propriétaire et, dans le but d’avoir plus d’indication, avait fini par ouvrir le contenu de la carte SD. À l’intérieur : des photos de type Shutterstock – donc des photos probablement achetées et qui n’ont pas été prise depuis l’appareil photo. Parmi celles-ci, si mes souvenirs sont bons, un autre fichier d’un type différent. De là, s’écoule une enquête entière menée par les internautes au travers de la personne gérant le compte Twitter. Et parfois – souvent – on y fait des découvertes qui auraient dû croupir, tapies dans leur coin.
Quoi qu'il en soit, pour celles et ceux qui ne sont pas familiers avec le concept, je vous invite vivement à vous y pencher. C'est malheureusement un type de jeu que je trouve bien trop rare sur Internet, et encore plus sur la toile francophone ; il possède pourtant un potentiel infini, permettant de se laisser très facilement happer par l'enquête.
Bien entendu, je parle de l’horreur comme quelque chose qui me fascine – et c’est vrai ! Et j’aime le fait que ce soit un concept qui se diversifie, qui gagne de l’ampleur, mais je tiens à apporter une nuance : tout le monde ne réagit pas de la même manière à son contact. La toile est peuplé d’enfant souvent très jeunes et – même si on tente d’endiguer leurs présences – ce n’est pas un style qui doit se cacher parmi les autres : il doit rester possible de distinguer les vidéos ou les jeux du genre des innombrables contenus culturels afin de ne pas choquer ceux qui ne souhaitent pas l’être.
Mais vous qui êtes ici, peut-être avez-vous eu une expérience positive et différente de l’horreur sur Internet ? Je me tiens curieuse du parcours et de l’impact que cela a pu avoir sur les gens, alors n’hésitez pas à me le partager : mes mails sont toujours ouverts :)